« L’invisible est en relation chiasmatique avec le visible, l’invisible n’est connaissable que par des moyens visibles, comme le duende par le geste de la danseuse. Pour Merleau-Ponty, « il n’y a pas de vision sans écran : les idées dont nous parlons ne seraient pas mieux connues de nous si nous n’avions pas de corps et pas de sensibilité, c’est alors qu’elles nous seraient invisibles », « elles sont en transparence derrière le sensible, ou en son cœur ».

L’opposition des termes invisible et visible prolonge l’opposition entre l’essence et l’existence, ou entre l’idée et le fait. Mais cette prolongation est un renouvellement radical, qui dépasse précisemment le rapport d’opposition car il s’agit de critiquer la prétention de séparer l’expérience de l’essence, ou la variation de l’invariant. Cette séparation aboutit, dans la pensée réflexive, à poser, « en face » de l’esprit, le monde réduit à son schéma intelligible, balayant ainsi toute question portant sur leur rapport, qui est désormais de corrélation pure. L’effort de Merleau-Ponty vise à penser ce rapport sous la forme d’un « enjambement » de l’esprit sur le monde et/ou du monde sur l’esprit22 , d’un engrènement du corps et de l’esprit.

Si l’on considère maintenant le touchant, le tangible et la « charnière » qui les articule, alors ce que Merleau-Ponty nomme « la chair » est « ce cycle entier et non pas seulement l’inhérence en un ceci individué spatio-temporellement23 ». La notion de chair s’installe dans l’étoffe commune du corps et du monde. La chair désigne d’un même mouvement : l’être ambigu de notre corps (tangible et touchant), l’être ambigu du monde (visible et invisible), et l’indivision de l’être du corps et de l’être du monde, puisqu’entre ma chair et celle du monde, il y a « correspondance de son dedans et de mon dehors, de mon dedans et de son dehors24 » . Il y a enveloppement réciproque, ou chiasme, entre ma chair et celle du monde. »

extrait de « l’Approche du sens du geste en psychothérapie à travers l’expérience du Duende », par Juliette Allain, interne en psychiatrie, Marseille.

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Espace/corps/Temps, 2006

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