L’Ordre Impliqué et l’émotion musicale.

Passage de l’oeuvre de Patrice Van Eersel, La Source noire, éditions Grasset et Fasquelle, 1986.

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Il y a un second moyen d’explorer l’ordre impliqué. C’est l’émotion musicale.

Il vous est déjà arrivé d’être ému par une musique?

A l’instant précis où la musique vous émeut, vous pouvez, si vous etes attentif, percevoir comment le passé, le présent et l’avenir de sa mélodie se télescopent en un seul point – un point qui est votre conscience. En un sens, à cet instant-là, vous mettez si j’ose dire, un pied dans l’ordre impliqué. Une partie de vous se met à participer consciemment à ce “réel primaire” qui est implication de notre espace-temps.”

L’émotion est certainement une façon d’accéder à l’ordre impliqué.

Vous voulez connaître la nature ultime du réel? Placez vos émotions au centre de votre conscience, et connaissez-les, de l’intérieur.

Quel inversion! Le dehors qui devient dedans et le dedans, dehors. Tout au fond de notre mémoire, au noeud central de notre conscience, là ou se croisent notre volonté et notre capacité à ressentir, il y aurait un trou? Un trou par où nous échapperions à l’espace-temps? Le fameux trou noir serait en nous? Ce serait par là que nous participerions à l’ordre impliqué, à l’ordre primaire du flux matriciel du monde?

Quel fameux coup de tonnerre dans la tête, le jour où l’on saisit ce que ces mots pourraient vouloir dire. Ce jour-là, vous avez soudain l’impression d’être aspiré au fond de vous-même, avant de vous redéployer en un immense manteau d’étoiles. Comme si tout s’inversait effectivement: comme si l’univers entier basculait pour de bon à l’intérieur de chacun d’entre nous. Comme si, à l’inverse, au fond des trous noirs infiniment denses, mystérieux pièges à lumière du bout des galaxies, se mettait à briller… de la conscience ! ! !

Dans les rituels initiatiques d’antan, l’inversion, le passage à travers le miroir, jouait un rôle clef. Inversion sexuelle: les hommes se travestissant en femmes et les femmes en hommes, pour tenter, chacun, de s’approprier les pouvoirs de l’autre sexe et ainsi d’échapper à la dualité. Ou bien inversion morale – par exemple, dans les mystère chrétiens, où le postulant devait cracher sur la croix, pour gagner l’au-delà du bien et du mal… Il y avait une infinie variété d’inversions. Mais au centre du rituel régnait toujours l’inversion majeure: on vous faisait mourir, c’est-à-dire qu’on vous montrait la mort, non plus du dehors, mais du dedans.

Maintenant, là, face à David Bohm, je commence à comprendre combien l’actuel mouvement d’inversion dépasse tout ce que j’aurais pu concevoir. Ça n’était donc pas pour rire que Heisenberg avait pu hurler, à Schrödinger (ou était-ce l’inverse?) “ votre équation est obscène!” Ces grands savants baignaient dans l’émotion toute la journée.

“Oui, objectera-t-on, l’émotion les aidait sans doute à créer, mais alors ils étaient pareil aux artistes. Ils étaient des artistes. Les paroles de Bohm, quand il évoque l’émotion musicale, sont celle d’un visionnaire, ou d’un philosophe, mais certainement pas celles d’un scientifique!”

C’est vrai. Du moins si l’on considère que la science ne peut s’attaquer qu’au quantifiable et au répétitif.

Mais en ce cas, le jaillissement intuitif, c’est-à-dire la création, lui échappe définitivement.

Qui alors nous parlera de la vie?

Einstein put écrire des choses comme celle-ci:

L’émotion la plus magnifique et la plus profonde que nous puissions éprouver est la sensation mystique. Là est le germe de toute science véritable. Celui à qui cette émotion est étrangère, qui ne sait plus être saisi d’admiration ni éperdu d’extase est un homme mort. Savoir que ce qui nous est impénétrable existe cependant, se manifestant comme la plus haute sagesse et la plus radieuse beauté que nos facultés obtuses n’appréhendent que sous une forme extrêmement primitive, cette certitude, ce sentiment est au coeur de tout sens religieux véritable.

 

(passage de la Correspondance d’Einstein cité par Ajit Mookerjee dans Art Yoga, 1975, Les Presses de la Connaissance, Paris.)

Plus il avançait, plus c’était beau. Plus c’était beau, plus il était ému. Plus il était ému, plus il s’inclinait. Plus il s’inclinait, plus il avançait…

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vidéo réalisée par Hélène Gulizzi, 2005
vidéo réalisée par Hélène Gulizzi, 2005
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