Rythm and Freedom

sculpture

Sculpte l’Espace,

Sculpte le Corps .

De l’Intérieur,

De l’Extérieur.

Et laisse aller ton être à la danse,

A ta liberté.

 

 

Lorsque remonte l’étude de la Chorésophie, avec Michel Raji et Yumma Mudra.

> www.rajimudra.com

 

 

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Flamenco Sentido et Atelier du Senti: en substance, aujourd’hui

 

Dans le cadre de l’un de ces cours, bien souvent j’invite à prendre conscience de sa présence ici et maintenant en tant qu’individu et dans le groupe.

Par sa présence et son intelligence sensible, la personne influe de façon permanente sur ce qui se passe dans le groupe. De ce fait, le déroulement du cours, l’enchaînement des exercices, le choix des propositions, des exercices sera influencé à chaque instant.

Par conséquent, tout participe au déroulement du cours: aussi bien les différences de niveaux techniques, les connaissances et les facilités à s’adapter, que les arrêts, les silences, les émotions vécues en chacun. Ce précieux matériel nous permet d’avancer et d’évoluer en toute authenticité, avec rigueur et justesse, dans l’apprentissage d’un exercice ainsi que dans la redécouverte de soi et de tout ce qui est là.

Lorsque il y a danse, il y a une manifestation formelle, corporelle, concrète et figurative, qui se rapporte à un ou plusieurs styles, cultures, techniques ou disciplines.                            Il y a simultanément, une manifestation émotionnelle, intentionnelle, sensorielle, subtile et invisible, qui vient de l’activité intérieure du danseur.

En considérant ces deux plans et en les travaillant artistiquement avec la même rigueur, notre présence, notre danse s’en ressent dans son authenticité, son équilibre, son harmonie.

Nous aborderons durant le cours:

– des exercices qui vont plutôt stimuler le corps et son élasticité. Pour qu’il puisse peu à peu, exécuter  avec plus de justesse et d’aisance ce qu’il y a à exprimer.

-des enchaînements de mouvements précis, pour enrichir notre vocabulaire.

-des exercices d’improvisation, où le corps est livré à ce qu’il est, un véhicule de l’âme. L’expression même de l’âme, notre réalité interne, n’a besoin que de ses sens en éveil. Nous sollicitons surtout les 5 sens. Le mental ici est au service des sens. Avec mon corps, j’utilise et éprouve les contraintes qui lui sont propres: l’espace, le temps, sa matière, son souffle.

 

Toutes ces expériences vont nourrir et donner de la substance lumineuse et vibrante à la forme que vous choisissez de lui donner.

Le flamenco en est une. Si nous travaillons dans ce canal formel, il n’est ni plus ni moins qu’un moyen pour délivrer un message et une présence qui nous dépasse, à un public, à des membres  d’un groupe.

Le rythme qui est le socle fondamental pour fédérer les différentes formes de langage vibratoire, est un canal, un cheval, qu’il faut apprendre à chevaucher.

De façon générale, le rythme est une clé.

Prendre conscience du rythme de toute chose, pas seulement du flamenco, c’est essentiel. Les saisons, les cycles, dans la Musique, dans la Nature, dans sa propre nature. Partez en reconnaissances de vos rythmes, éprouvez les, mettez du rythme dans ce que vous faites, pour augmenter votre présence à ce que vous vivez.

Observons qu’il n’y a jamais de vrai silence. Tout vibre, tout bat. Tout a une mesure. Si nous observons le mouvement de notre corps, de notre cœur et de nos pensées,  nous constatons qu’il n’y a jamais d’arrêt. Idem dans la Nature.

Si j’arrête le cours, si j’arrête la musique, ce n’est qu’une chose, d’autres choses ont lieu. Exerçons nous à rester en écoute de cela. Jouer, créer, danser cela.

Le conseil que je donne souvent en cours, c’est de ne « rien couper ». Ralentir suffisamment pour que notre attention puisse percevoir que rien ne s’arrête vraiment. Il arrive souvent que l’envie de passer à autre chose, à une autre idée, un autre mouvement se manifeste. C’est naturel! En ralentissant le mouvement en cours ,nous observons comment naturellement le mouvement suivant émerge. De cette manière on est à la fois spectateur et acteur de sa danse, de sa présence.

De cette manière, nous entretenons un calme au centre de nous-même et peu à peu l’agitation extérieure nous affecte moins et se mue plus facilement. Le calme et le chaos dansent. Les opposées se rencontrent et se complètent, exerçant leur influence de façon équilibré, rythmé, cyclique. L’harmonie réside dans l’union de nos deux hémisphères (gauche et droite), nos deux respires (inspire-expire), nos deux présences (intérieure-extérieure). C’est là que réside la liberté.

« La danse est un yoga de la vie ». (Yumma Mudra, créatrice du projet Danza Duende)

mes nus, 2006

Le rythme en soi

La pratique quotidienne de ma danse me permet d’observer que l’attention se déplace cycliquement d’un mécanisme à un autre. L’étude du corps et sa conscientisation qui se manifeste dans la répétition, l’impression et l’expression du geste, accompli en bienveillante patience.

Durant une longue période mon attention se focalisait sur la géométrie du corps-espace, de l’espace-corps. J’observais les mouvements, leur dessin, les 4 directions, les cercles, les points, les lignes, à l’intérieur et à l’extérieur, leur va-et-viens. J’ai beaucoup dessiné 🙂
Le tournoiement offre la possibilité de vivre simultanément les 4 directions dans le cercle. Tu marches en avant et à reculons en même temps. Tu vires d’un côté puis de l’autre, toujours en tournant dans le même sens. C’est ton attention qui tourne et qui détermine quelle partie du corps leade. En même temps tu prends une pose. Une pose de la tête, des bras, des doigts, du buste, etc.

Depuis quelque temps, mon attention tourne autour du rebond. Ce sautillement qui joint la détente et la suspension. Ce vas-et-viens entre Ciel et Terre. Dans cette polarité se relie la pulsation interne et le rythme d’une musique, le moi et l’autre.
Les corps s’accordent et les idées qui jaillissent sont canalisés dans le rebond. Les idées ou les émotions ne se perdent pas. Elles s’inscrivent dans un espace-temps soutenu pour tous les acteurs présents. Elles sont comprises. Prises dans un espace-temps et conspirés par le groupe.
Le rebond est entraînant. Pas besoin d’effort renouvelé à chaque fois. Une cinétique se met en place et nous gagnons en énergie, en équilibre. La respiration joue un rôle clé dans cet aspect. Ainsi, le rebond est extérieur et intérieur. L’inspire et l’expire se dynamisent et s’enchaînent sans effort.
Si les efforts sont équilibrés, les forces s’annulent. Nous gagnons en endurance, nous pouvons expérimenter et étudier sur la durée, parfois atteindre l’ennui, entrer dans le Temps.

 

 

 

L’Ordre Impliqué et l’émotion musicale.

Passage de l’oeuvre de Patrice Van Eersel, La Source noire, éditions Grasset et Fasquelle, 1986.

 »

Il y a un second moyen d’explorer l’ordre impliqué. C’est l’émotion musicale.

Il vous est déjà arrivé d’être ému par une musique?

A l’instant précis où la musique vous émeut, vous pouvez, si vous etes attentif, percevoir comment le passé, le présent et l’avenir de sa mélodie se télescopent en un seul point – un point qui est votre conscience. En un sens, à cet instant-là, vous mettez si j’ose dire, un pied dans l’ordre impliqué. Une partie de vous se met à participer consciemment à ce “réel primaire” qui est implication de notre espace-temps.”

L’émotion est certainement une façon d’accéder à l’ordre impliqué.

Vous voulez connaître la nature ultime du réel? Placez vos émotions au centre de votre conscience, et connaissez-les, de l’intérieur.

Quel inversion! Le dehors qui devient dedans et le dedans, dehors. Tout au fond de notre mémoire, au noeud central de notre conscience, là ou se croisent notre volonté et notre capacité à ressentir, il y aurait un trou? Un trou par où nous échapperions à l’espace-temps? Le fameux trou noir serait en nous? Ce serait par là que nous participerions à l’ordre impliqué, à l’ordre primaire du flux matriciel du monde?

Quel fameux coup de tonnerre dans la tête, le jour où l’on saisit ce que ces mots pourraient vouloir dire. Ce jour-là, vous avez soudain l’impression d’être aspiré au fond de vous-même, avant de vous redéployer en un immense manteau d’étoiles. Comme si tout s’inversait effectivement: comme si l’univers entier basculait pour de bon à l’intérieur de chacun d’entre nous. Comme si, à l’inverse, au fond des trous noirs infiniment denses, mystérieux pièges à lumière du bout des galaxies, se mettait à briller… de la conscience ! ! !

Dans les rituels initiatiques d’antan, l’inversion, le passage à travers le miroir, jouait un rôle clef. Inversion sexuelle: les hommes se travestissant en femmes et les femmes en hommes, pour tenter, chacun, de s’approprier les pouvoirs de l’autre sexe et ainsi d’échapper à la dualité. Ou bien inversion morale – par exemple, dans les mystère chrétiens, où le postulant devait cracher sur la croix, pour gagner l’au-delà du bien et du mal… Il y avait une infinie variété d’inversions. Mais au centre du rituel régnait toujours l’inversion majeure: on vous faisait mourir, c’est-à-dire qu’on vous montrait la mort, non plus du dehors, mais du dedans.

Maintenant, là, face à David Bohm, je commence à comprendre combien l’actuel mouvement d’inversion dépasse tout ce que j’aurais pu concevoir. Ça n’était donc pas pour rire que Heisenberg avait pu hurler, à Schrödinger (ou était-ce l’inverse?) “ votre équation est obscène!” Ces grands savants baignaient dans l’émotion toute la journée.

“Oui, objectera-t-on, l’émotion les aidait sans doute à créer, mais alors ils étaient pareil aux artistes. Ils étaient des artistes. Les paroles de Bohm, quand il évoque l’émotion musicale, sont celle d’un visionnaire, ou d’un philosophe, mais certainement pas celles d’un scientifique!”

C’est vrai. Du moins si l’on considère que la science ne peut s’attaquer qu’au quantifiable et au répétitif.

Mais en ce cas, le jaillissement intuitif, c’est-à-dire la création, lui échappe définitivement.

Qui alors nous parlera de la vie?

Einstein put écrire des choses comme celle-ci:

L’émotion la plus magnifique et la plus profonde que nous puissions éprouver est la sensation mystique. Là est le germe de toute science véritable. Celui à qui cette émotion est étrangère, qui ne sait plus être saisi d’admiration ni éperdu d’extase est un homme mort. Savoir que ce qui nous est impénétrable existe cependant, se manifestant comme la plus haute sagesse et la plus radieuse beauté que nos facultés obtuses n’appréhendent que sous une forme extrêmement primitive, cette certitude, ce sentiment est au coeur de tout sens religieux véritable.

 

(passage de la Correspondance d’Einstein cité par Ajit Mookerjee dans Art Yoga, 1975, Les Presses de la Connaissance, Paris.)

Plus il avançait, plus c’était beau. Plus c’était beau, plus il était ému. Plus il était ému, plus il s’inclinait. Plus il s’inclinait, plus il avançait…

 »

vidéo réalisée par Hélène Gulizzi, 2005
vidéo réalisée par Hélène Gulizzi, 2005

Le senti (5)

ÊTRE (Intérieur et Extérieur)

Nous avons tendance à accorder toute notre attention sur l’extérieur. Tous nos efforts sont tournés très souvent vers le dehors de soi, à travers nos activités toujours plus nombreuses et intenses, notre communication permanente via pleins de nouveaux supports, beaucoup de temps de parole, l’identité, l’apparence, etc.
Mais au dedans, une activité incessante s’opère en étroite corrélation avec l’extérieur. Pourtant, nous n’y accordons pas toujours d’importance. Parfois même, nous l’ignorons. Cet état de soi interne, nous est parfois si peu familier que lorsqu’il se fait plus présent,en signalant des maux de toutes sortes, il nous fait peur. On se déclare alors malade, faible, pas dans son état normal.
C’est le moment alors pour s’introvertir. On entre en soi et on observe. Ce processus, lors de périodes charnières, peut amorcer de grands changements. Il peut aider même à inventer sa vie.
Ce travail d’introspection est finalement source de grande créativité et de bonheur.

L’objectif ici sera d’introduire ce processus créateur dans notre pratique artistique, en entraînant notre conscience et notre essence à se relier.
Les outils de travail sont essentiellement, de la technique corporelle, le souffle, le mouvement libre et la méditation.
Chacun peu apporter ce avec quoi il travaille, instrument, pinceau, papier, tissus, accessoires, costume, etc.

LapeauduRocher1

Extrait de Etre crâne, de George Didi-Huberman

Etre fossile:

Giuseppe Penone , « l’espace a précédé nos ancêtres. L’espace se poursuivra après nous. Fossiliser les gestes sûrement ou probablement réalisés à un certain endroit, réduit l’usage possible de l’espace, mais marque l’espace lui-même.{…} Créer une sculpture, c’est un geste végétal; c’est la trace, le parcours, l’adhérence en puissance, le fossile du geste fait, l’action immobile, l’attente {…} point de vie et point de mort. »

Le devenir-temps  du lieu, le devenir-lieu du temps. Question de sédiments, d’interstices, de contacts. La sculpture serait-elle le lieu où nous touchons du temps?

« C’est en un espace que l’on recueille la valeur du Temps ».

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Espace-Temps-dessin
Espace-temps dessiné, 2003

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extrait de Etre crâne, de George Didi-Huberman

Etre feuille:

Lecture compréhensive et aveugle tout à la fois.

lecture tactile: productrice d’une connaissance intime, rapprochée mais pour cela privée de la distance habituelle à nos objectivation.

Il faut choisir comment on veut connaître. Le point de vue objectif demande de s’éloigner de l’objet, de ne pas le toucher et de regarder. Le contact induit automatiquement que l’objet se dérobe à la vue et devient matière qui nous enveloppe, nous dessaisit de nous-même, ne nous rassasie d’aucune certitude.

G.Penone: » L’image se formait par pression. Je projetais l’image obtenue, je la retraçais dans l’espace, la répétant pour constituer une série d’actions, série qui m’enveloppait totalement. Ce n’était pas pourtant une image trouvée ailleurs. C’était mon corps qui la créait, et moi je créais le geste du toucher (frottement). Une action banale et insignifiante, sans valeur. Du reste, quand je parcourais à nouveau l’image, je ne me fiais à aucune projection.{…} J’en apprenais plus sur mon propre corps que sur la surface du mur. C’était comme marcher dans ma peau et c’était en plus marcher dans la peau de l’espace. »

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Empreintes:dos
Empreintes/dos, peinture à l’eau, 2003

 

 

Un dehors n’existe pas sans un dedans et inversement.

La peau, lieu de l’interférence, conditionne en partie « la maintenance » puisqu’elle participe directement à ses constances (la thermo-régulation). Le « dehors du dedans » (le dermo-épidermique) garantit l’indépendance, y collabore en fonction des données externes qu’il reçoit.

Extrait de La peau, découverte, François Dagognet, éditions Déjà Classique.

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EspaceT-peaux2
Peau: Impression/Expression1, 2003
Espace-Temps:peau
Peau: Impression/Expression2, 2003