Flamenco Sentido et Atelier du Senti: en substance, aujourd’hui

 

Dans le cadre de l’un de ces cours, bien souvent j’invite à prendre conscience de sa présence ici et maintenant en tant qu’individu et dans le groupe.

Par sa présence et son intelligence sensible, la personne influe de façon permanente sur ce qui se passe dans le groupe. De ce fait, le déroulement du cours, l’enchaînement des exercices, le choix des propositions, des exercices sera influencé à chaque instant.

Par conséquent, tout participe au déroulement du cours: aussi bien les différences de niveaux techniques, les connaissances et les facilités à s’adapter, que les arrêts, les silences, les émotions vécues en chacun. Ce précieux matériel nous permet d’avancer et d’évoluer en toute authenticité, avec rigueur et justesse, dans l’apprentissage d’un exercice ainsi que dans la redécouverte de soi et de tout ce qui est là.

Lorsque il y a danse, il y a une manifestation formelle, corporelle, concrète et figurative, qui se rapporte à un ou plusieurs styles, cultures, techniques ou disciplines.                            Il y a simultanément, une manifestation émotionnelle, intentionnelle, sensorielle, subtile et invisible, qui vient de l’activité intérieure du danseur.

En considérant ces deux plans et en les travaillant artistiquement avec la même rigueur, notre présence, notre danse s’en ressent dans son authenticité, son équilibre, son harmonie.

Nous aborderons durant le cours:

– des exercices qui vont plutôt stimuler le corps et son élasticité. Pour qu’il puisse peu à peu, exécuter  avec plus de justesse et d’aisance ce qu’il y a à exprimer.

-des enchaînements de mouvements précis, pour enrichir notre vocabulaire.

-des exercices d’improvisation, où le corps est livré à ce qu’il est, un véhicule de l’âme. L’expression même de l’âme, notre réalité interne, n’a besoin que de ses sens en éveil. Nous sollicitons surtout les 5 sens. Le mental ici est au service des sens. Avec mon corps, j’utilise et éprouve les contraintes qui lui sont propres: l’espace, le temps, sa matière, son souffle.

 

Toutes ces expériences vont nourrir et donner de la substance lumineuse et vibrante à la forme que vous choisissez de lui donner.

Le flamenco en est une. Si nous travaillons dans ce canal formel, il n’est ni plus ni moins qu’un moyen pour délivrer un message et une présence qui nous dépasse, à un public, à des membres  d’un groupe.

Le rythme qui est le socle fondamental pour fédérer les différentes formes de langage vibratoire, est un canal, un cheval, qu’il faut apprendre à chevaucher.

De façon générale, le rythme est une clé.

Prendre conscience du rythme de toute chose, pas seulement du flamenco, c’est essentiel. Les saisons, les cycles, dans la Musique, dans la Nature, dans sa propre nature. Partez en reconnaissances de vos rythmes, éprouvez les, mettez du rythme dans ce que vous faites, pour augmenter votre présence à ce que vous vivez.

Observons qu’il n’y a jamais de vrai silence. Tout vibre, tout bat. Tout a une mesure. Si nous observons le mouvement de notre corps, de notre cœur et de nos pensées,  nous constatons qu’il n’y a jamais d’arrêt. Idem dans la Nature.

Si j’arrête le cours, si j’arrête la musique, ce n’est qu’une chose, d’autres choses ont lieu. Exerçons nous à rester en écoute de cela. Jouer, créer, danser cela.

Le conseil que je donne souvent en cours, c’est de ne « rien couper ». Ralentir suffisamment pour que notre attention puisse percevoir que rien ne s’arrête vraiment. Il arrive souvent que l’envie de passer à autre chose, à une autre idée, un autre mouvement se manifeste. C’est naturel! En ralentissant le mouvement en cours ,nous observons comment naturellement le mouvement suivant émerge. De cette manière on est à la fois spectateur et acteur de sa danse, de sa présence.

De cette manière, nous entretenons un calme au centre de nous-même et peu à peu l’agitation extérieure nous affecte moins et se mue plus facilement. Le calme et le chaos dansent. Les opposées se rencontrent et se complètent, exerçant leur influence de façon équilibré, rythmé, cyclique. L’harmonie réside dans l’union de nos deux hémisphères (gauche et droite), nos deux respires (inspire-expire), nos deux présences (intérieure-extérieure). C’est là que réside la liberté.

« La danse est un yoga de la vie ». (Yumma Mudra, créatrice du projet Danza Duende)

mes nus, 2006

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Le rythme en soi

La pratique quotidienne de ma danse me permet d’observer que l’attention se déplace cycliquement d’un mécanisme à un autre. L’étude du corps et sa conscientisation qui se manifeste dans la répétition, l’impression et l’expression du geste, accompli en bienveillante patience.

Durant une longue période mon attention se focalisait sur la géométrie du corps-espace, de l’espace-corps. J’observais les mouvements, leur dessin, les 4 directions, les cercles, les points, les lignes, à l’intérieur et à l’extérieur, leur va-et-viens. J’ai beaucoup dessiné 🙂
Le tournoiement offre la possibilité de vivre simultanément les 4 directions dans le cercle. Tu marches en avant et à reculons en même temps. Tu vires d’un côté puis de l’autre, toujours en tournant dans le même sens. C’est ton attention qui tourne et qui détermine quelle partie du corps leade. En même temps tu prends une pose. Une pose de la tête, des bras, des doigts, du buste, etc.

Depuis quelque temps, mon attention tourne autour du rebond. Ce sautillement qui joint la détente et la suspension. Ce vas-et-viens entre Ciel et Terre. Dans cette polarité se relie la pulsation interne et le rythme d’une musique, le moi et l’autre.
Les corps s’accordent et les idées qui jaillissent sont canalisés dans le rebond. Les idées ou les émotions ne se perdent pas. Elles s’inscrivent dans un espace-temps soutenu pour tous les acteurs présents. Elles sont comprises. Prises dans un espace-temps et conspirés par le groupe.
Le rebond est entraînant. Pas besoin d’effort renouvelé à chaque fois. Une cinétique se met en place et nous gagnons en énergie, en équilibre. La respiration joue un rôle clé dans cet aspect. Ainsi, le rebond est extérieur et intérieur. L’inspire et l’expire se dynamisent et s’enchaînent sans effort.
Si les efforts sont équilibrés, les forces s’annulent. Nous gagnons en endurance, nous pouvons expérimenter et étudier sur la durée, parfois atteindre l’ennui, entrer dans le Temps.